Mika'Ela Fisher ouvre les Arts Plastiques à une toute nouvelle dimension : le vêtement sculptural. La substance du vêtement sur mesure et celle du mannequin, qu'il soit de chair ou de bois, se fondent, transmutent pour donner naissance à une œuvre d'art total, un "body art" réinventé. L'art de Mika'Ela Fisher est riche, complexe et pandisciplinaire. Lorsqu'elle réalise un tailleur, un film, pose pour une photo, joue la comédie ou chante, son investissement est toujours total. Avec Mika'Ela Fisher le vêtement sur mesure devient une sculpture à part entière. Travailler sur le corps humain, prendre des mesures, choisir et utiliser des matériaux devient avec Mika'Ela Fisher un authentique ouvrage de sculpteur qui libère l'œuvre du textile et de la coupe et la fait naître à sa nature plastique intrinsèque.

Bien souvent, le vêtement est considéré comme un produit de première nécessité. On pense parfois à un dessin de mode, au mieux, on évoque le luxe et la haute couture mais rarement on envisage le vêtement comme une œuvre d'art et encore moins comme une sculpture. En réalisant un vêtement sur mesure Mika'Ela Fisher pose avant tout un geste artistique. Tel un sculpteur, elle convoque et façonne des matériaux pour faire surgir des images tridimensionnelles.

 

"La" maître tailleur Mika Ela'Fisher, se singularise en confectionnant des vêtements pour femmes à l'aide de techniques habituellement réservées aux vêtements pour hommes. Ce faisant elle libère le travail des carcans sexuels, ennoblit le vêtement et joue sur les tensions entre le masculin et le féminin. Délibérément Fisher ose emprunter des voies inédites qui la portent au-delà du conventionnel. Des injonctions comme "Impossible ! Tu ne peux pas porter quelque chose comme ça !" aiguillonnent l'artiste et l'incitent à continuer.

 

Mika Ela Fisher est née à l'artisanat avec la maison Max Dietl à Munich. Sa compréhension approfondie du métier de Maitre Tailleur lui permet aujourd'hui de jouer avec des techniques complexes qu'elle maitrise pleinement. Pour elle, il est fondamental de développer ses connaissances. Libre, il lui faut sans cesse rebattre les cartes, expérimenter. Ce vaste savoir acquis pendant sa formation et au delà lui permet de se dépasser et d'ouvrir des voies originales.

 

Chez Mika Ela Fisher, un vêtement sur mesure est toujours une sculpture. Il offre à l'amateur d'art l'opportunité de se glisser dans le rôle du modèle et de devenir un objet d'art à part entière.

 

Dans son travail, Fisher reste minimaliste. Elle adopte un langage clair et s'exprime dans un style intemporel à travers le textile mais aussi d'autres médias, comme des installations, des performances. Partout et toujours chez Mika'Ela Fisher le corps humain transcende l'œuvre d'art. Mika'Ela Fischer révèle l'interaction entre "identité - rôle - physicalité ", de manière tout aussi expressive, dans ses films, dans la mise en scène de photographies où elle apparaît comme modèle, éventuellement avec des mannequins de tailleur susmentionnés, et même dans des chansons improvisées.

La voix, l'intonation, la vitesse et la persistance de marbre dans les postures - les plis dessinés avec précision : toutes ces formes d'expression corporelle sont une matière vivante - Elles deviennent un médium pour faire bouger l'art, transformer la personne et la situation en une sculpture pétrifiée : un objet d'art essentiel. Comme dans le "body art" Fisher fait de son propre corps et du corps de l'amateur d'art à la fois un moyen et un objet. L'art de Mika Ela Fisher n'est pas provocateur à tout prix. L'artiste tend surtout à troubler en renversant et en réorganisant les identités et les rôles traditionnels de l'homme et de la femme. Elle travaille sur le corps, avec le corps, par le corps, dans l'interaction de deux principes esthétiques opposés : le brillant, l'apollinien-sublime et le cruel dyonisien-désinhibé. Friedrich Nietzsche pensait que les deux ne s'unissent que dans la Tragédie antique. Le concept et la mise en œuvre de l'Art Plastique de Mika Ela Fisher s'inscrivent dans cette tradition classique.

 

L'œuvre de l'artiste appartient sans aucun doute à l'art conceptuel au sens propre, tel que Henry Flint l'a défini dans les années 1960 ; ses improvisations en témoignent, mais plus encore son image de soi avant-gardiste et sa volonté constante d'essayer de nouvelles choses, de subordonner la technique et la mise en œuvre à l'idée. Mais, elle souhaite aussi accroître la capacité, la technique et sa mise en œuvre. Pour Fisher, la signification de l'œuvre d'art a la même valeur que sa mise en œuvre. Issue d'un milieu artisanal, Fisher considère son art comme un artisanat qu'elle a continué à développer pendant des décennies. Elle laisse son œuvre mûrir et se développer. Sans oublier la méticuleuse sélection de tissus, parfois indisponibles sur le marché comme la conception minutieuse des rouages internes du vêtement, les fils utilisés et les outils employés. Dans un retour à la compétence et à l'intelligence du "savoir faire". Fisher se rebelle clairement contre la superficialité et l'indifférence de notre société "hystériquement cool et adepte de la technologie".

Ecrit par Thomas Emmerling, Curateur d'art